Élimination intestinale à l'hôpital. Réflexion éthique sur sa prise en charge par les soignants

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Par Valérie Berger, Luc Durand, Martine Grocq
Français

L’élimination intestinale des patients hospitalisés est une fonction insuffisamment prise en compte par les soignants d’un point de vue préventif. Pourtant, de nombreux malades présentent des troubles du transit qui se traduisent le plus souvent par un diagnostic de constipation nécessitant des prescriptions thérapeutiques et parfois même des examens médicaux agressifs et coûteux. L’objectif de ce travail est de mener une réflexion éthique sur la prise en charge de l’élimination intestinale par les soignants. Au travers d’un questionnaire, nous souhaitons répondre à 3 questions : Qu’est ce qui fait que les soignants ont des difficultés à prendre en charge l’élimination intestinale des patients hospitalisés ? Quels sont les déterminants qui influencent la prise en charge de l’élimination intestinale par les soignants ? La formation prépare-t-elle les soignants à prendre en charge l’élimination intestinale des patients hospitalisés ?
Le questionnaire a été distribué auprès de médecins, d’infirmiers, d’aides-soignants et d’étudiants en soins infirmiers travaillant en médecine, chirurgie et réanimation d’un même hôpital.
Cette enquête a permis d’interroger 130 personnes dont 36 médecins, 37 infirmiers, 30 aides-soignants et 27 étudiants. Nous avons pu confirmer que la prise en charge de l’élimination intestinale est insuffisamment prise en compte de façon préventive, puisque 56 % des répondants expliquent que le problème d’élimination intestinale n’est pas abordé avant la plainte du malade. Plusieurs déterminants font que les soignants ne sont pas dans une démarche préventive. Cette prise en charge rencontre peu d’intérêt, est vécue comme dévalorisante, tabou et la relation soignant-soigné est entravée car chacun a des difficultés pour en parler. Des difficultés institutionnelles sont également évoquées, comme le manque de coordination des soignants et le manque de temps. Un autre point de cette enquête montre que l’expérience professionnelle n’est pas un élément qui favorise cette prise en charge car plus les soignants ont de l’expérience, plus ils diffèrent ce soin et plus la gêne se fait ressentir. Enfin, nous avons pu pointer que la formation reçue ne prépare pas les soignants à prendre en charge cette fonction. En effet, 61 % des répondants expliquent que certaines difficultés sont induites par le manque de savoirêtre des professionnels, comme la gêne à parler de ce besoin particulier.
Ce travail a donc permis de mener cette réflexion éthique sur la prise en charge de l’élimination intestinale pour en comprendre le sens. Comme le dit Spinoza : « Ne pas rire, ne pas désespérer, ne pas maudire, mais comprendre ».

Mots clés

  • troubles du transit intestinal
  • hospitalisation
  • soins infirmiers
  • éthique
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