Conflits en fin de vie : perceptions des professionnels de santé en valais romand

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Par Emmanuel Kabengele Mpinga, Philippe Chastonay, François Pellissier, Charles-Henri Rapin
Français

La présente étude a pour objectifs de connaître les perceptions des professionnels de santé oeuvrant dans les contextes de fin de vie et de soins palliatifs, quant à l’exposition, la nature, la prévalence, la fréquence, l’intensité, les causes, les enjeux, les effets et modes de résolution des conflits survenant dans leurs activités professionnelles ; et de formuler des propositions de politique de santé qui intègrent les conflits comme un des déterminants de la qualité de soins aux mourants, de la santé de soignants et d’une meilleure gestion des ressources. Une enquête transversale par questionnaire auto-administré a été menée auprès de 460 professionnels de santé du Valais romand oeuvrant dans les hôpitaux, les établissements médico-sociaux, les centres médico-sociaux, les homes pour personnes âgées et les équipes de soins à domicile, via les directions de leurs institutions respectives. Deux cent trente trois (50.6 %) professionnels de santé ont répondu à l’enquête. Parmi eux, 82.4 % déclarent avoir été confrontés à des situations de conflits en période de fin de vie. Pour deux tiers des répondants ces conflits ont été plutôt rares durant les douze derniers mois. Leur intensité est perçue comme moyenne et haute auprès de 86.1 % de ce collectif. Les conflits de nature médicale et ceux d’ordre éthique apparaissent comme les plus courants selon 74.3 % et 63.6 % des répondants. Les parties qui s’opposent sont davantage les membres de famille entre eux (68.4 %), les infirmières et les médecins (49.2 %) que les patients et médecins (16 %). A la base de ces conflits, on trouve les problèmes de communication, l’ambivalence des acteurs, les différences des valeurs selon environ six et cinq sur dix répondants. Le gaspillage des énergies et des ressources ainsi que l’épuisement physique et psychologique sont rapportés comme constituant les effets de ces conflits par 63 % et 52 % de l’échantillon. Les colloques interdisciplinaires, les supervisions internes et les partages d’expérience sont les modes et stratégies utilisés pour résoudre les conflits. Ni l’âge, ni le sexe, ni le lieu de travail, ni encore l’expérience professionnelle ou la formation aux soins palliatifs ne sont des discriminants de l’exposition des ces professionnels aux situations des conflits (p > 0.05). Le niveau d’exposition des professionnels de santé à des situations des conflits, la fréquence et l’intensité de ceux-ci sont susceptibles d’affecter autant la qualité des soins aux patients, la prise en charge des familles, les objectifs des institutions et leur propre santé, induisant des coûts économiques et sociaux élevés pour les communautés. Pour ces différents acteurs ces résultats montrent l’étendue, les effets des conflits et plaident pour une intégration de leur prévention et gestion dans les politiques des systèmes de santé et d’action sociale.

Mots-clés

  • conflits
  • perception des professionnels
  • fin de vie
  • soins palliatif
  • éthique
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